31.3.06

époque (brouillon)


J'ai toujours été très fortement sensible au passage du temps, à l'écoulement du temps. Et pourtant, je n'ai jamais compris comment on pouvait arriver à définir de façon concrète une époque, comment cette dernière devait être caractérisée. J'en ai vécu plusieurs, époques/décennies. J'en ai le souvenir. C'est-à-dire que je me souviens des soubresauts, des espoirs, des combats menés, et des femmes - aussi, et des résultats sportifs - encore. Mais je me dis, qu'est-ce-qu'il en reste ? Aujourd'hui, là, tout de suite, maintenant, qu'est-ce-qu'il en reste du temps passé. Et d'aujourd'hui, dans dix ans, qu'est-ce-qu'il restera ? Se souviendra t'on plus des "évènements" de novembre 2005 ou de ceux de mars 2006 ?

A propos de cette dernière question, le simple fait de la poser y répond en partie... Les débiles se souviendront du "grand combat des jeunes contre le cpe", de ses répercussions dans le monde médiatico-parlementaire français à la veille de nouvelles élections présidentielles. Les spécialistes et faussaires de tout bord livreront de fines analyses sur l'état de la société française. Les politiques se rappeleront la chute de l'un des leurs tout comme l'avènement progressif d'un autre qui sera amené, lui aussi, un jour à tomber. Et finalement, très peu de personnes auront vu les
véritables rapports de forces changer.

Parfois, je me demande quel mois nous sommes, quelle année nous sommes. Y aura t'il une différence dans un an, dans dix ans ? Est-ce que celà aura une importance ? Est-ce que je me sentirai
autre ? Est-ce que le temps aura justifié son effet sur moi ? Finalement, la seule chose dont je suis certain, c'est que quand l'embrasement aura lieu (et il aura forcément lieu), il y a de grandes chances pour que je ne sois plus là (pour que j'ai tout simplement terminé de vivre mon temps). Cette certitude de l'embrasement, du renversement du bel ordre du monde est le moteur du trois quart des choses que j'entreprends, et en même temps, je ne peux m'empêcher d'éprouver une profonde tristesse quand je me dis que je ne serai pas là.

Ca veut dire que je travaille pour des choses que je ne verrai jamais.

in memoriam


"la petite souris" / novembre 2005 à Paris

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28.3.06

pour commencer


22h30 et des poussières, au bureau, rue Bisson, dans le 20ème à Paris, tandis que les affrontements se poursuivent place de la République et qu'Arsenal vient de mettre deux buts à la Juventus de Turin.

Je me dis que les jeunes gars des cités sont peut-être en train de comprendre que leurs ennemis sont autant les raclures des syndicats que les flics. Personne (?) n'a encore fait le rapprochement entre "service d'ordre" et "forces du maintien de l'ordre", surtout pas les petits étudiants bien sages qui manifestent pour avoir droit à un accès au crédit - pauvres cons.

Flics, syndicats, étudiants, tous unis contre ceux que personne n'a envie de voir, contre ceux qui ne sont même pas nommés (ou alors uniquement dans le langage policier :
casseurs, Jeunes Violents, etc.).

Je me dis aussi que le jour où ces gars qui vivent en dehors de la Grande Ville auront réellement compris quelle force (au sens militaire) ils peuvent représenter, les policiers comme les médiatiques ne seront pas très loin de devoir redéfinir ce que veut vraiment dire le terme "affrontement".

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