gracian (suite)
"Les tropes et les figures rhétoriques sont la matière et comme le fondement qui permet que, sur eux, l'acuité édifie ses agréments. Ce qui, pour la rhétorique, n'est que formalité devient, dans notre art, matière sur laquelle il jette l'émail de son artifice. Certains estiment qu'une exagération toute sèche ne peut être mise au rang de figure de l'esprit : elle n'est, au plus, selon eux, qu'une hyperbole rhétorique sans le piquant de l'acuité vive et véritable, comme celle-ci, du roi de l'épigramme, Martial en un mot. Ce poète parla fort à propos lorsque, dans un cirque, un tigre attaqua un lion et le mit en morceaux. Il fit remarquer que, ce que ce tigre n'osait dans le désert, il l'éxécutait dès lors qu'il était entre les hommes dont il avait appris la férocité. Cette exagération avait un fondement et un prétexte dans cette curieuse contingence. Quelque circonstance particulière qui soit le motif et le prétexte de l'exagération est donc indispensable pour qu'elle ne soit pas gratuite mais pertinente. Ce qui est donner une âme à la beauté de la figure."

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